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Le sujet : "Qu'est-ce que tu dirais si je me rasais la moustache ?" demande Marc à Agnès. "Je ne sais pas. Je t'aime avec mais je t'ai jamais connu sans."
Elle sort un moment faire des courses, le laissant devant le miroir de la salle de bain. Et il le fait.
Elle rentre et ne fait aucune remarque. Le plus drôle, c'est qu'elle a vraiment l'air de ne rien remarquer. Les autres non plus.
Ce qu'on en dit : Emmanuel Carrère a choisi de porter à l'écran un de ses propres ouvrages mais le film n'est pourtant pas une oeuvre "littéraire" car il utilise des éléments très cinématographiques : les gestes, les mots, les situations, les regards, les ellipses.
"La moustache" est un voyage intérieur angoissant. En effet la tension et l'impuissance de Marc face à la réalité qui lui échappe sont totalement ressenties par le spectateur car Emmanuel Carrère nous oblige à "être" Marc et à nous éloigner de ses certitudes avec lui. Le spectateur adopte tout au long du film le point de vue de Marc : pas de voix off, pas d'avis d'autres personnages sur la situation vécue par Marc.
Vincent Lindon et Emmanuelle Devos, grâce à leur interprétation très fine des personnages, contribuent très largement à cette identification et au désarroi qui nous contamine au fur et à mesure que la situation du couple devient inextricable et que Marc s'enfonce dans un univers parallèle.
La grande force du film réside dans la nuance, dans l'ellipse et dans la non explication : Marc ne sait pas où son chemin se dirige, nous non plus et l'angoisse ne nous lâchera plus, même après la fin. Et si demain des cheveux coupés ou une moustache rasée faisaient basculer notre propre réalité ?
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