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Le sujet : Une petite ville de province aux Etats-Unis : Cathy Witaker est l’incarnation parfaite de l’American Way of Life des années 50 : mère au foyer de 2 enfants, épouse d’un publiciste reconnu, elle joue son rôle de femme d’intérieur bourgeoise respectable d’un air convaincu.
Loin du Paradis est un film mélodramatique : dramatique, car Cathy doit affronter le néant de son existence construite sur les apparences. Et le vertige s’installe. Mélo, car les situations à faire pleurer s’accumulent.
Ce qu'on en dit : Todd Haynes reconnaît très volontiers que son film est inspiré de certains films de Douglas Sirk, réalisateur de mélos des années 50 ("le mirage de la vie", "tout ce que le ciel permet"). Et, comme Douglas Sirk dans ses meilleurs films, il a réalisé un film plein de dignité.
La vraie force de Todd Haynes est de broyer les bons sentiments dans la moulinette du réalisme. Il peut, en outre, aborder certains thèmes (homosexualité, racisme) de manière plus explicite que n’a pu le faire Douglas Sirk en son temps.
Cathy est très seule mais elle ne le sait pas : au début du film, elle pourrait presque paraître agaçante tant elle joue son rôle de maîtresse de maison à la perfection. Todd Haynes suggère cette solitude, ne la démontre jamais : un sourire gêné dans une conversation intime d’un groupe d’amies à l’heure du thé suffit à nous montrer qu’une part de sa vie n’est pas normale. Une ballade avec son jardiner noir à une époque où "on ne mélange pas les genres" nous montre l’hypocrisie ambiante qui entoure Cathy.
Toutes les fissures de cette vie si paisible, Todd Haynes les rend encore plus cruelles par son travail sur les couleurs et sur la musique. Les couleurs chatoyantes et feutrées nous donne l’impression que le décor colle irrémédiablement à la situation mensongère de la vie de Cathy. La musique qui reste douce et contenue ne renforce jamais l’effet dramatique de certaines scènes : comme Cathy, cette musique continue à jouer sa partition, avec bonne volonté, malgré elle.
J’avais déjà été impressionnée par "Safe" (1995) où Todd Haynes faisait déjà interpréter à Julianne Moore une femme en quête de sens à sa vie, obligée de déchirer la chape de superficialité qui l’étouffe peu à peu. Dans Loin du Paradis l’humanité de Julianne Moore est encore plus bouleversante : il n’y a pas de communauté pour la soutenir, pas de certitudes inébranlables : sa quête de sens sera solitaire. Le travail de Julianne Moore tout en retenue est impressionnant.
A la fin du film, une seule chose à faire : essuyer ses larmes dignement !
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